
Mais revenons à l’événement qui a véritablement marqué notre séjour estonien : le grand festival de chant, le Laulupidu, qui a rassemblé cette année quasiment 30 000 chanteurs, et environ 75 000 spectateurs pour le samedi !
Et grand privilège, nous avions été invités par nos amis estoniens à faire cette fois partie des chanteurs. Nous avons donc pris notre rôle très à coeur, révisant les différents chants sur internet depuis la France, puis participant aux différentes répétitions générales une fois sur place. Nous avons revêtus les plus beaux habits traditionnels que nous ayons pu trouver et nous voilà partis pour une parade festive qui a duré environ quatre heures reliant le centre ville au stade de chant (Lauluväljak) . Nous étions aux anges aux côtés des membres d’une petite chorale menée par notre amie Silja, acclamés par la foule, qui se tenait tellement proche du défilé, que les chanteurs et les danseurs avaient du mal à se frayer un passage et à avancer. Des costumes, des couleurs, des trompettes, la fête bat son plein.
Malgré le temps maussade du samedi, l’ambiance était déjà au rendez-vous, et tout le monde était là pour chanter coûte que coûte. Le stade se vidait progressivement de ses spectateurs, qu’importe, les chanteurs des différentes chorales sélectionnées pour l’occasion (la sélection est très stricte, et seulement les meilleures chorales seront choisies pour participer à l’événement), ne perdait aucunement le moral et continuait de chanter avec encore davantage d’émotion. Les estoniens, rentrés chez eux à cause de la pluie, continuaient de suivre l’événement derrière leur poste de télévision, chez eux, ou dans les bars en ville.
Le dimanche, le soleil était de retour, et l’atmosphère était encore plus festive que la veille. Le stade était plein à craquer ! L’émotion était à son comble, surtout lorsque l’on se trouve du côté des chanteurs. C’est quasiment indescriptible. Tout le monde est présent, du plus jeune au plus âgé, la plupart connaissent les chants par coeur, et entonnent avec conviction, pendant plusieurs heures d’affilée, ces paroles de liberté et d’amour pour la patrie qui ont tellement de sens pour eux. La petite vieille à côté de moi, a probablement bien plus de 70 ans, elle a tous les badges des festivals de chants des années précédentes, probablement a-t-elle vécu des moments encore plus forts que celui-là au moment de la Révolution Chantante ; elle ne montre aucun signe de fatigue de rester là debout, elle chante et elle chante encore à plein poumons.
La foule en délire crie “Eesti, Eesti” (Estonie, Estonie) ! On fait la ola chez les chanteurs jusque dans le public. Spectateurs et choristes sont en osmose, ils se répondent, ils s’applaudissent mutuellement. On entend à peine les cris de certaines âmes sensibles essayant d’appeler un médecin, parce qu’ils ont fait un malaise dans le stade. Les drapeaux bleus-blancs-noirs sont agités tout au long de la journée. Plus les chants s’enchaînent, plus les chanteurs et le public demandent à ce qu’ils soient répétés encore et encore. Le chef d’orchestre revient alors sur scène acclamé par plusieurs milliers de personnes.
Et lorsque la flamme marquant la fin du Laulupidu 2009 s’éteint, tout le monde continue à chanter encore et encore, des chants qu’ils n’ont pas eu l’occasion de chanter cette fois-ci, des chants des années précédentes, des chants mélancoliques, des chants joyeux. Et tous rentrent tranquillement, dans le plus grand calme, chez eux, des images et des mélodies plein la tête, et avec une seule envie : se préparer pour le prochain festival. Tout simplement magique !

Impressionnant le monde qui vient juste pour chanter et quelle maîtrise du chef de coeur pour commander tout ce monde en mesure.
kübar
Comment by GFY — 16 July, 2009 @ 11:34 pm